L'Union pour la Méditerranée subit un coup d'arrêt depuis la guerre de Gaza
LE MONDE | 28.02.09 | 14h40 • Mis à jour le 28.02.09 | 14h40
lors que Nicolas Sarkozy doit coprésider, lundi 2 mars à Charm El-Cheikh, avec son homologue égyptien, Hosni Moubarak, la conférence internationale pour la reconstruction de Gaza, la structure même qui avait été à l'origine de ce tandem diplomatique franco-égyptien apparaît au plus mal. L'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée de façon spectaculaire par un sommet au Grand Palais à Paris, en juillet 2008, est depuis le mois de janvier "institutionnellement suspendue", victime des retombées de la guerre de Gaza, constatent des diplomates.
L'UPM, vaste regroupement de 43 pays européens, méditerranéens et arabes, avait été créée pour tenter de transformer l'espace méditerranéen en région de "paix et de prospérité" par le biais de réalisations concrètes comme la promotion de l'énergie solaire, le transport maritime, l'éducation.
L'offensive israélienne contre Gaza, qui a provoqué la mort de 1 300 personnes et ravagé ce territoire, a donné un coup d'arrêt à ce projet, frappé de plein fouet par la remontée des tensions au Proche-Orient. A la demande du groupe des pays arabes qui ont signifié leur refus de s'asseoir à la même table que des représentants israéliens, toutes les réunions institutionnelles et techniques de l'UPM, qui étaient prévues à partir de janvier, ont été annulées.
"L'Union pour la Méditerranée est congelée", observe un diplomate non européen. Aucun dégel n'est attendu avant la tenue du sommet de la Ligue arabe prévu fin mars à Doha, au Qatar. "Nous marquons une pause", commente-t-on côté français, "pour préserver les institutions" de l'UPM. Car toute réunion, si elle se tenait, donnerait lieu à un étalage de divisions profondes. Les Français s'efforcent de minimiser la crise et préfèrent souligner que l'Union est un projet au long cours qui ne devrait pas succomber à une suspension de "quelques mois".
La déconvenue vient cependant illustrer à quel point il est difficile pour ce vaste ensemble de s'affranchir des contingences liées au dossier israélo-palestinien. Comme le processus euro-méditerranéen de Barcelone, né en 1995, que l'UPM était censé relancer et intensifier, le projet de Nicolas Sarkozy a violemment buté, six mois après son lancement, sur de lourds problèmes politiques.
La suspension de l'UPM a été demandée formellement par l'Egypte, dans un souci de se montrer à l'écoute des récriminations formulées contre Israël par l'ensemble de l'opinion arabe, après le début des opérations militaires contre Gaza, le 27 décembre 2008.
"Les Egyptiens sont dans une position compliquée au sein du groupe arabe, car d'autres pays les dépassent dans la surenchère de la défense de la cause palestinienne", commente-t-on côté français. "Il faut protéger l'Egypte", qui s'efforce de jouer un rôle de médiation au Proche-Orient.
Déjà prégnante lors des tractations qui avaient précédé le lancement de l'UPM, la crainte, dans le monde arabe, de voir l'Union se transformer en véhicule d'une normalisation des relations avec Israël sans contreparties, est ravivée.
Un pays comme l'Algérie, qui s'était rallié sans grand enthousiasme au projet de M. Sarkozy en juillet 2008, se montre maintenant franchement hostile. "Nous sommes dans l'UPM mais le constat est que cette Union n'avance pas", a déclaré le 25 février le ministre algérien des affaires étrangères devant des journalistes. La presse algérienne est très virulente, parlant de l'UPM comme d'une "chimère" et d'un "vide sidéral".
La Syrie et le Liban ont poussé pour la suspension. La Libye a été la plus cinglante, en déclarant fin janvier que l'UPM avait été "tuée par les bombes israéliennes". Le Maroc, soucieux de préserver ses relations avec l'Union européenne, qui lui a accordé en 2008 le "statut avancé", était en revanche disposé à laisser les réunions de l'UPM se poursuivre.
L'avenir du processus apparaît très incertain. Le règlement des questions en suspens, comme celle de la désignation d'un secrétaire général de l'UPM, apparaît encore plus compliqué. En novembre, à Marseille, une réunion ministérielle de l'UPM avait déjà abouti avec grande difficulté à un compromis pour que la Ligue arabe puisse être représentée au sein de l'Union. En échange, Israël avait obtenu, ainsi que l'Autorité palestinienne, l'un des multiples postes de secrétaire général adjoint. Perçue comme une concession d'ordre politique faite à l'Etat juif, cette décision avait, avant-même le conflit de Gaza, suscité un fort mécontentement côté arabe.
Florence Beaugé et Natalie Nougayrède
Article paru dans l'édition du 01.03.09
THEME TROIS : COLONISATION ET INDEPENDANCE
CHAPITRE N°1 : LA COLONISATION ET LE SYSTEME COLONIAL
LECON N°2 : LE SYSTEME COLONIAL
Introduction :
- La période proprement gestionnaire des empires commence après la conquête soit au milieu des années 1910’
l’ordre colonial sous des apparences solides a-t-il été fragilisée par ses contradictions internes ?
I) la gestion des colonies ? :
A) La gestion politique :
- pol d’assimilation ex la France
les indigènes doivent assimiler la langue, la culture et les valeurs de la métropole jusqu’à ressembler aux gens de la métropole.
- Pol d’association ex GB
cad respecter les coutumes locales et laisser les indigènes se gouverner eux-mêmes.
Postulat que la civilisation britta inaccessible aux colonisés et plus facile à faire accepter
B) l’exploitation économique
4 p 145
- l’équipement en infrastructures de transport qui permet de rompre l’isolement et de mettre en valeur ces territoire
- réservoir de matières premières pour le benef de la métropole ( peu indus et au détriùment des culture svivrières)
- coût humain et matériel de cette mise en valeur notamment le travail forcé
C) le coût de la mise en valeur :
Doc p 143
- Pour les métropoles, les colonies ne doivent rien coûter.
Taxes et impôt présenté comme une contribution à la mise en valeur du territoire
Travail forcée :main d’œuvre gratuite ou bon marché not pour construire les infrastructures de transport
Conscription : les indigènes assurent la police et renforce les armées européennes en cas de conflit ex pendant les deux guerres mondiales
- exploitation éco des colonies au profit des métropoles :
les colonies demeurent sous-industrialialisés
ces cultures d’export dvp au détriment des cultures vivrières
spoliation des terres comme en Algérie
III) Civilisation ou acculturation ? :
Texte du hatier p 113
A) les missionnaires du progrès :
- justification de la colonisation par apport des « bienfaits de la civilisation »
mettre fin aux guerres locales
dvp l’enseignement même si limité
- ouvrir des dispensaires et des maternités ::
- mission religieuse ex la seule British and foreign Bible society distribue en un siècle 320 millions de Bibles
B) l’acculturation des peuples colonisés :
- association ou assimilation : bouleversement de la culture des peuples dominés
cadres traditionnels brisés donc fin de la solidarité et bvl des habitudes et des modes de pensée
croyances religieuses ébranlées par les missions not le culte des ancêtres
les communautés villageoises
école a crée une classe d »évolués » déchirés entre l’influence occidentale et l’attachement à la tradition. Ils deviennent petits fonctionnaires, journalistes, médecins ou entrepreneurs. ils souffrent du mépris des colons e se tournent de plus en plus vers le nationalisme
conclusion :
C’est dans l’entre-deux-guerres que le discours colonial imprègne le plus la culture collective des métropoles, comme en témoigne pour la France le succès de l’Exposition de Vincennes de 1931.
Il vante des réalisations qui ne sont pas minces, comme l’éradication progressive des endémies, et d’autres qui exigeraient plus de nuances, tels la scolarisation et le développement économique. Au total, l’entrée des colonies dans l’économie-monde et dans une certaine modernité est réelle, sans se fonder Systématiquement sur la contrainte : ainsi l’attrait de la condition salariée attire-t-elle largement vers l’économie minière en plein essor dans l’entre-deux-guerres (a fortiori quand les travailleurs bénéficient du paternalisme typique du Congo belge).
Mais, sans que la colonisation se confonde avec le colonialisme ( justification du fait colonial), elle emprunte à ce dernier la majorité de ses traits ; globalement, il s’agit bien d’abord d’une exploitation, qu’elle soit conduite par le biais des compagnies concessionnaires, de l’économie de traite, des grandes exploitations ou des réquisitions de toute nature.
Discours du général de Gaulle (4 juin 1958)
Dès son arrivée au pouvoir, de Gaulle se rend en Algérie et prononce un discours qui rassure les partisans de l'Algérie française.
"Je vous ai compris !
Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation et de la fraternité.
Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement vous avez voulu que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions, et c'est pourquoi me voilà. Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle magnifique d'hommes qui, d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés, communient dans la même ardeur et se tiennent par la main.
Eh bien ! de tout cela je prends acte au nom de la France et je déclare qu'à partir d'aujourd'hui la France considère que, dans toute l'Algérie, il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants : il n'y a que des Français à part entière -- des Français à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui, jusqu'à présent, étaient fermées devant beaucoup.
Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux qui ne les avaient pas.
Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on la contestait.
Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient douter d'en avoir une.
L'armée, l'armée française, cohérente, ardente, disciplinée, sous les ordres de ses chefs, l'armée éprouvée en tant de circonstances et qui n'en a pas moins accompli ici une oeuvre magnifique de compréhension et de pacification, l'armée française a été sur cette terre le ferment, le témoin, et elle est le garant, du mouvement qui s'y est développé.
Elle a su endiguer le torrent pour en capter l'énergie. Je lui rends hommage. Je lui exprime ma confiance. Je compte sur elle pour aujourd'hui et pour demain.
Français à part entière, dans un seul et même collège ! Nous allons le montrer, pas plus tard que dans trois mois, dans l'occasion solennelle où tous les Français, y compris les 10 millions de Français d'Algérie, auront à décider de leur propre destin.
Pour ces 10 millions de Français, leurs suffrages compteront autant que les suffrages de tous les autres.
Ils auront à désigner, à élire, je le répète, en un seul collège, leurs représentants pour les pouvoirs publics, comme le feront tous les autres Français.
Avec ces représentants élus, nous verrons comment faire le reste.
Ah ! puisent-ils participer en masse à cette immense démonstration, tous ceux de vos villes, de vos douars, de vos plaines, de vos djebels ! Puissent-ils même y participer ceux qui, par désespoir, ont cru devoir mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est courageux -- car le courage ne manque pas sur cette terre d'Algérie --, qu'il est courageux mais qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide !
Oui, moi, de Gaulle, à ceux-là, j'ouvre les portes de la réconciliation.
Jamais plus qu'ici et jamais plus que ce soir, je n'ai compris combien c'est beau, combien c'est grand, combien c'est généreux la France !
Vive la République ! Vive la France ! "
(Discours et messages, t. III, Avec le renouveau, mai 1958-juillet 1962 , pp. 15-17)
Cité dans Les collections de L'Histoire No 1, 1998 (Hors série No 1 de L'Histoire ) p.36.
Discours du général de Gaulle (23 avril 1961)
Le lendemain du coup de force du 22 avril, à Alger, par lequel les généraux Salan, Jouhaud, Zeller et Challe tentent de mettre fin à la poilitique d'autodétermination, le général de Gaulle décide d'assumer des pouvoirs exceptionnels et en informe la nation.
"Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par un pronunciamento militaire.
Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des cadres de certaines unités spécialisées, l'adhésion enflammée d'une partie de la population de souche européenne qu'égarent les craintes et les mythes, l'impuissance des responsables submergés par la conjuration militaire.
Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite (1) . Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques (2) . Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et ne comprennent la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national.
Car l'immense effort de redressement de la France, entamé depuis le fond de l'abîme, le 18 juin 1940, mené ensuite jusqu'à ce qu'en dépit de tout la victoire fût remportée, l'indépendance assurée, la République restaurée ; repris depuis trois ans, afin de refaire l'Etat, de maintenir l'unité nationale, de reconstituer notre puissance, de rétablir notre rang au-dehors, de poursuivre notre oeuvre outre-mer à travers une nécessaire décolonisation, tout cela risque d'être rendu vain, à la veille même de la réussite, par l'aventure odieuse et stupide des insurgés en Algérie. Voici l'Etat bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! hélas ! par des hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir et d'obéir.
Au nom de la France, j'ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire. J'interdis à tout Français et, d'abord, à tout soldat d'exécuter aucun de leurs ordres. L'argument suivant lequel il pourrait être localement nécessaire d'accepter leur commandement sous prétexte d'obligations opérationnelles ou administratives ne saurait tromper personne. Les seuls chefs, civils et militaires, qui aient le droit d'assumer les responsabilités sont ceux qui ont été régulièrement nommés pour cela et que, précisément, les insurgés empêchent de le faire. L'avenir des usurpateurs ne doit être que celui que leur destine la rigueur des lois.
Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse sur la République, ayant pris l'avis officiel du Conseil constitutionnel, du Premier ministre, du Président du Sénat, du Président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de mettre en oeuvre l'article 16 de notre Constitution. A partir d'aujourd'hui, je prendrai, au besoin directement, les mesures qui me paraîtront exigées par les circonstances. Par là même, je m'affirme, pour aujourd'hui et pour demain, en la légitimité française et républicaine que la nation m'a conférée, que je maintiendrai, quoi qu'il arrive, jusqu'au terme de mon mandat ou jusqu'à ce que me manquent, soit les forces, soit la vie, et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle demeure après moi.
Françaises, Français ! Voyez où risque d'aller la France, par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir.
Françaises, Français ! Aidez-moi ! "
1) Quatre généraux (Challe, Salan, Zeller, Jouhaud) prétendent constituer le Haut commandement d'Alger
2) Les colonels Argoud, Godart et Lacheroy
(Discours et messages, t. III, Avec le renouveau, mai 1958-juillet 1962 , pp. 306-308)
Cité dans Les collections de L'Histoire No 1, 1998 (Hors série No 1 de L'Histoire ) p.38.
Débat à l’Assemblée nationale sur la décolonisation :
- M. Pierre Mendès France, Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le 12 novembre 1954 devant l'Assemblée nationale.
"Il y a quelques semaines à peine, je m'étais fait votre interprète, l'interprète de l'émotion ressentie par tous les Français devant la catastrophe qui, dans la région d'Orléansville, venait d'endeuiller l'Algérie (1). J'avais alors affirmé la solidarité de la nation entière avec les populations éprouvées. L'Algérie, hélas ! vient d'être frappée à nouveau, et cette fois la violence provient de la volonté criminelle de quelques hommes, mais elle n'est pas moins cruelle, inutile et aveugle. A nouveau la nation doit s'affirmer unie et solidaire devant le malheur, devant les forces de destruction.
Vous pouvez être certains, en tout cas, qu'il n'y aura, de la part du Gouvernement, ni hésitation, ni atermoiement, ni demi-mesure dans les dispositions qu'il prendra pour assurer la sécurité et le respect de la loi. Il n'y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle, chacun ici et là-bas doit le savoir.
On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité, l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d'une manière irrévocable. Leurs populations qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d'ailleurs donné, dans la paix comme autrefois dans la guerre, sans distinction d'origine ou de religion, assez de preuves de leur attachement à la France pour que la France à son tour ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole il n'y a pas de sécession concevable.
Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours aussi bien en Algérie et dans la métropole qu'à l'étranger. (Applaudissements à gauche, au centre, à droite et à l'extrême droite.)
Jamais la France, aucun Gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu'en soient d'ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental."
(1) II s'agit d'un tremblement de terre.
Thèmes : volonté criminelle de quelques hommes : la vision française des leaders nationalistes : peu nombreux, criminels
Vision française de la population française : attachement à la France
Politique française : aucun compromis possible
2 - "M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Intérieur. M. François Mitterrand, ministre de l'Intérieur." ( 12 novembre 1954, même séance)
"Mesdames, messieurs, je pense que l'Assemblée nationale, à la fin de ce débat, voudrait connaître le plus exactement possible le déroulement des faits dont nous parlons. C'est ainsi que, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, des attaques à main armée, des attentats à la bombe, des sabotages de lignes et de voies de communication, des incendies enfin ont eu lieu sur l'ensemble du territoire algérien, de Constantine à Alger et d'Alger à Oran.
Dans le département de Constantine, vous le savez, se produisirent les événements les plus graves. Là, cinq personnes furent tuées : un officier, deux soldats qui remplissaient leur devoir, un caïd et un instituteur, dans les conditions qui furent rappelées à cette tribune et dont personne ne dira suffisamment le caractère symbolique. De jeunes instituteurs sont venus accomplir - et c'était le premier jour - la tâche qu'ils avaient choisie. Et voilà qu'ils sont frappés. Sauront-ils pourquoi ? Sans doute non, les choses sont vite faites. Assassinés, ils ont quand même le temps d'apercevoir le frère musulman qui tente de les défendre et qui meurt le premier.
Je prétends qu'actuellement certains doivent cruellement méditer sur le déclenchement hâtif de l'émeute, qui les a précipités dans une aventure qui les conduira à leur perte. Voilà donc qu'un peu partout, d'un seul coup, se répand le bruit que l'Algérie est à feu et à sang.
De même que le Maroc et la Tunisie ont connu ce phénomène du terrorisme individuel dans les villes et dans les campagnes, faut-il que l'Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ?
Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu'il se trouve que l'Algérie, c'est la France, parce qu'il se trouve que les départements de l'Algérie sont des départements de la République française. Des Flandres jusqu'au Congo, s'il y a quelque différence dans l'application de nos lois, partout la loi s'impose et cette loi est la loi française ; c'est celle que vous votez parce qu'il n'y a qu'un seul Parlement et qu'une seule nation dans les territoires d'outre-mer comme dans les départements d'Algérie comme dans la métropole.
Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l'impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés.
Personne ici n'a le droit de dire que le Gouvernement de la République a pu hésiter un seul instant sur son devoir car l'action qu'il a menée correspond à l'essentiel même de sa politique.
M. le Président du Conseil l'a déclaré cet après-midi : comment pourrait-on expliquer, autrement qu'avec beaucoup de vilenie, le règlement des affaires françaises que nous avons été contraints de conclure en Asie si l'on n'admettait pas que nous avons agi alors conformément aux principes que nous avons les uns et les autres définis, écrits et proclamés, afin de préserver le domaine français, ce domaine qui s'étend fondamentalement - je viens de le dire - des Flandres au Congo ?
C'est là notre vérité, l'axe de notre politique. C'est pourquoi il n'est certes pas contradictoire qu'on traite, lorsque cela paraît nécessaire, à Genève, et qu'on se batte parce que cela est également nécessaire dans l'Aurès ou en tout lieu où on tentera d'abattre, de détruire, de s'attaquer à l'unité de la patrie.
Les mesures que nous avons prises ont été immédiates. On me permettra, je suppose, de ne pas les énumérer. Mais, je ne vois vraiment aucun inconvénient à indiquer à l'Assemblée nationale, comme je l'ai fait à la commission de l'intérieur, qu'en l'espace de trois jours, seize compagnies républicaines de sécurité ont été transportées en Algérie, ce qui a porté à vingt le nombre total de ces compagnies sur le territoire algérien.
En trois jours tout a été mis en place. On a dit : Est-ce pour maintenir l'ordre? Non pas seulement. Mais pour affirmer la force française et marquer notre volonté. Il ne s'agissait pas seulement de réprimer, de passer à la contre-offensive de caractère militaire afin de reconquérir un territoire qui n'était point perdu ! Il s'agissait d'affirmer, à l'intention des populations qui pouvaient s'inquiéter, qu'à tout moment, à chaque instant, elles seraient défendues."
Thèmes : les actions nationalistes, le refus du compromis et la réaction par la force de la métropole de la métropole
Sous la Ve République
3 - M. Michel Debré, Premier ministre du Général De Gaulle présente le programme du Gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 janvier 1959
"Dans nos préoccupations nationales, l'Algérie a la priorité absolue.
Des hommes et des femmes y vivent, dont les pères ont fait l'Algérie, et qui continuent à la faire chaque jour. La France y a groupé autour de son drapeau, et par ses hautes conceptions politiques, des Européens et des Africains, les uns et les autres citoyens comme nous-mêmes. Nos concitoyens musulmans sont, comme les descendants de ceux qui ont traversé la Méditerranée, des hommes et des femmes dans le regard desquels nous voyons l'image d'une commune espérance.
Il est des esprits qui pèsent avant toute chose le doit et l'avoir, les profits et les charges : disons hautement, à l'honneur de notre peuple, et spécialement à l'honneur des officiers et des soldats, que nous mettons avant toute chose cet élan des sentiments qui unit des millions d'Algériens, de la ville et du bled, dans l'affection spontanée qui crée, au-dessus et par-delà les différences d'origine, de race et de religion, la communauté d'espérance.
Faut-il convaincre les calculateurs ? Montrons-leur le Sahara, ce désert où le coq gaulois s'est longtemps en vain réchauffé les ergots. Que de puissances désormais y viendraient volontiers gratter le sable brûlant ! Acceptons de les associer à une oeuvre immense qui peut ouvrir une ère nouvelle à l'Algérie et à l'Afrique, à la France et à l'Europe.
A ceux que ne contente pas la vision des grandes possibilités économiques et humaines auxquelles nous accédons grâce à l'Algérie, recommandons de réfléchir au problème de notre sécurité. La France est à Alger par une nécessité fondamentale que nos ancêtres ont connue et que nous ne pouvons méconnaître sans trahir. C'est par notre présence indiscutée, notre autorité incontestée, que nous garantissons la sécurité de la Méditerranée occidentale, et, par là, notre sécurité.
Devant les troubles du Moyen-Orient et leurs très fâcheuses conséquences, nous pouvons mesurer la valeur de la tranquillité maintenue dans cette partie plus proche d'une mer dont ce serait une grave faute que d'oublier la capitale importance stratégique. Quelle tragédie ce serait pour nous, pour l'Europe, pour l'Occident, si, tout entière, la Méditerranée redevenait une frontière entre deux mondes hostiles. L'Occident a suffisamment perdu au cours des dernières années ; que les moins imaginatifs veuillent bien, désormais, imaginer où mèneraient de nouveaux abandons. (Applaudissements.)
Osons dire, enfin, au-delà de nos sentiments profonds, au-delà des intérêts économiques et des exigences militaires, que notre siècle remet en lumière la véritable hiérarchie des valeurs politiques. Les États, leurs aspirations, leurs ambitions, leurs méthodes, ne peuvent être appréciés du seul point de vue des résultats. Les succès acquis parle mensonge, le mépris des dignités de l'homme ou de la femme, sont sans doute efficaces : ils mènent de tragédie en tragédie. La légitimité française en Algérie, dépassant le fait que l'Algérie est une création commune à divers éléments mais qui ont été soudés et fondus par l'action de la France, dépassant cet autre fait que, demain, il ne peut y avoir d'enrichissement et d'amélioration sociale que par l'effort de la France, la légitimité française, dis-je, est fondamentalement établie au regard des valeurs éternelles parce qu'elle est la seule qui soit inspirée par la volonté de fraternité humaine."
4 - Message du général de Gaulle au Parlement, Assemblée nationale et Sénat, 20 mars 1962
"Mesdames, Messieurs les députés,
La politique poursuivie par la République depuis tantôt quatre années au sujet de l'Algérie a été, à mesure de son développement, approuvée par le Parlement, soit explicitement, soit du fait de la confiance qu'il n'a cessé d'accorder au gouvernement responsable. Le référendum du 8 janvier 1961 a démontré, quant à la direction ainsi tracée, l'accord massif et solennel du pays.
Mais, voici que la proclamation du cessez-le-feu, les mesures fixées pour l'autodétermination des populations, les conditions adoptées quant à la coopération de l'Algérie et de la France - y compris les garanties assurées à la population de souche française - dans le cas où l'autodétermination instituerait un État algérien indépendant, marquent une étape décisive de cette politique. L'ensemble des dispositions arrêtées en conclusion des négociations d'Evian avec les représentants du FLN (1) et des consultations menées auprès d'autres éléments représentatifs algériens se trouve maintenant formulé dans les déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 (2).
Nul ne peut se méprendre sur la vaste portée de cet aboutissement en ce qui concerne, tant la vie nationale de la France, que son oeuvre africaine et son action internationale. Nul ne peut, non plus, méconnaître les difficultés d'application qui en résultent aujourd'hui et risquent d'en résulter demain, non seulement quant à la situation d'un grand nombre de personnes et de beaucoup de choses, mais aussi dans le domaine de l'ordre public et de la sûreté de l'État. Il m'apparaît donc comme nécessaire que la nation elle-même sanctionne une aussi vaste et profonde transformation et confère au chef de l'État et au Gouvernement les moyens de résoudre, dans les moindres délais des problèmes qui seront posés à mesure de l'application.
C'est pourquoi, en vertu de l'article 11 de la Constitution j'ai décidé, sur la proposition du Gouvernement, de soumettre au référendum (3) un projet de loi comportant l'approbation des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 ; autorisant le Président de la République à conclure les actes qui seront à établir au sujet de la coopération de la France et de l'Algérie si l'autodétermination institue un État algérien indépendant et enfin et jusqu'à ce que soient, dans cette éventualité, créés en Algérie des pouvoirs publics algériens, attribuant au Président de la République le pouvoir d'arrêter, par ordonnances ou par décrets pris en conseil des ministres, toutes mesures relatives à l'application de ces mêmes déclarations.
Au moment où semblent s'achever enfin les combats qui se déroulent depuis plus de sept ans et où s'ouvre à la France nouvelle et à l'Algérie nouvelle, la perspective d'une féconde et généreuse coopération, je suis sûr, mesdames, messieurs les députés, que vous voudrez vous joindre à moi pour élever le témoignage de notre confiance et de notre espérance vers la patrie et vers la République. "
(1) Front de libération nationale.
(2) Déclaration rendant compte des accords d'Evian (18 mars 1962) qui reconnaissent l'indépendance de l'Algérie.
(3) Le 8 avril 1962 les accords d'Evian seront approuvés par référendum : les Français répondent oui (90,7 % des suffrages exprimés).
Les 4 discours sont tirés de : "Les grands débats parlementaires de 1875 à nos jours", rassemblés et commentés par Michel Mopin - Notes et études documentaires - La Documentation française - Paris, 1988